ComptineMain dans la main, cuir sur cuir,
bras dessus bras dessous
Chanter à tue-tête, s'embrasser tout bas,
boire beaucoup
Danser sur place, hanches contre hanches,
Yeux dans les yeux, mettre le feu aux planches
souvenirs oubliés & bonne mémoire

Si je me souviens bien, vendredi 13 avant l'Halloween, soirée fake thématique, un beau prétexte pour boire, on aime se faire croire qu'on a besoin d'une raison, même si on voudrait toujours être défoncés. Entre deux coups de flash, j'ai renversé ton verre, tu m'as sacré après, j'ai eu l'air con. Trois flash plus tard, on est pas obligés de rentrer, mais on peut pas rester ici. On décide de ne pas rester ici ensemble. T'avais les yeux rouges.

La lumière jaunâtre de mon ampoule écologique me faisait mal aux yeux, comme d’habitude. La fenêtre de ma chambre donnait sur le stationnement autour du rond-point au bout du cul-de-sac qu’était ma rue.Je lui tendis la bouteille en m’essuyant la bouche dans le creux de mon bras.Je la regardais, pendant qu’elle buvait et je ne pouvais m’empêcher d’imaginer son corps nu sous les couvertures, même si j’avais eu le loisir de le voir et d’y toucher à souhait dans les dernières heures. Moi qui avais été si solitaire, si indépendant pendant tant d’années, je ne pouvais plus me passer de sa peau. Sa peau qui était si douce hier soir, lorsqu’elle est revenue. (...)
C'était un soir de fête, comme il y en a tellement souvent, mais particulièrement intense, pour cause de mon anniversaire. En plein janvier, ça nous paraissait dans les règles de faire un concours et de balancer nos vieilles godasses pourries sur les fils. Évidemment, il y a que moi qui a réussi et qui a été bon pour des engelures.
À force de vieillir on oublie ce qu’on a déjà été et tout ce qu’on a jamais osé être parce qu’on savait pas comment y arriver. On ne sait peut-être pas plus comment aujourd’hui, mais au moins on se le fait croire et on essaie quand même. On devient arrogants, on se développe un ego immense et on devient des personnages de films pour enfants, comme des vrais karate kids.
Nous étions partis assez simplement, sans autres ambitions que de changer d’air et de voir un peu de pays. Il faut dire que changer d’air ne veut pas nécessairement dire changer ses habitudes. C’est surtout à propos d’aller les faire ailleurs et d’obtenir une sensation ou au moins une illusion de nouveauté, de renouvellement.

Il est préférable de dormir avec un toutou plutôt qu’avec quelqu’un parce que :
1- ça ne dégage aucune chaleur corporelle
2- ça ne pue pas
3- ne ronfle pas
4- on peut le toucher comme on veut
5- on peut le taper et le pousser en bas du lit s’il prend trop de place
Quoique le dernier s’applique aux deux cas.

Les bouteilles de bière volaient, les moins chanceuses éclataient sur les vieux murs blancs sales, réveillant les voisins et ameutant les policiers. La session de skateboard fut avortée, on se sauva par l’escalier de secours chambralant, pendant que l’hôtesse en bas filets se démerdait avec les flics et qu’un gars nous criait de l’attendre parce qu’il avait de la drogue plein les poches. Ce fut une belle soirée.
"Nous n’étions que des spectateurs invisibles que tous ces mauvais acteurs ne pouvaient pas voir, aveuglés qu’ils sont par leurs idées de merde et leurs vies médiocres sur leur scène bancale. Par notre fenêtre sur leur monde parvenaient quelques échos dissonants du petit matin; des pas dans un escalier de fer, des moteurs agonisants et les clochers en retard."